Le matériel du jeu de Go : goban, pierres et bols

On peut apprendre à jouer au Go avec une feuille quadrillée et une poignée de jetons noirs et blancs. Cela suffit pour comprendre les règles et même pour jouer de vraies parties.

Et pourtant, le matériel fait partie du plaisir du Go.

Le bruit d’une pierre posée sur le bois, le contraste du noir et du blanc, les bols ouverts de chaque côté du goban : tout cela participe à une atmosphère très particulière. Il existe des jeux de Go extrêmement simples et d’autres qui relèvent presque de l’artisanat d’art. Entre les deux, il y a heureusement de quoi jouer pendant des années sans se ruiner.

Pour commencer, trois éléments suffisent : un goban, des pierres et deux bols.

Le goban : un quadrillage plutôt qu’un échiquier

Le plateau de jeu porte le nom japonais de goban. Contrairement aux échecs ou aux dames, les pierres ne sont pas posées dans les cases, mais sur les intersections des lignes.

Le goban traditionnel comporte 19 lignes horizontales et 19 lignes verticales, soit 361 intersections sur lesquelles les pierres peuvent être jouées. C’est sur ce plateau 19×19 que se déroulent les parties ordinaires de Go.

La première fois que l’on découvre un goban vide, ces 361 points peuvent impressionner. C’est l’une des raisons pour lesquelles il n’est pas nécessaire — ni même particulièrement judicieux — d’y commencer son apprentissage.

Il existe deux formats plus petits très courants : le 9×9 et le 13×13. La British Go Association recommande d’ailleurs aux débutants de commencer sur 9×9, puis de passer progressivement au 13×13 avant d’aborder le plateau complet.

Un petit goban permet de découvrir le jeu sur un espace plus facile à appréhender.

Le 9×9 n’est pas un « faux Go ». Les règles sont les mêmes et l’on y retrouve déjà la capture, les territoires, la vie des groupes et les combats. Simplement, les parties sont plus courtes et les conséquences d’un coup sont plus faciles à observer.

Nous reviendrons donc sur ce petit goban dans un article consacré à la première partie sur 9×9.

À quoi servent les points noirs du goban ?

Sur un goban 19×19, neuf intersections sont généralement marquées par de petits points noirs.

On les appelle hoshi, littéralement les « étoiles ».

Le point central est immédiatement reconnaissable, ainsi que les huit autres disposés symétriquement sur le plateau.

Ils servent notamment de repères visuels et interviennent traditionnellement dans le placement des pierres lors des parties à handicap. Un joueur plus faible peut ainsi commencer avec plusieurs pierres déjà installées sur le goban avant que son adversaire ne joue.

Pour un débutant, cependant, il suffit d’abord de les considérer comme des repères. Il n’est pas nécessaire d’en apprendre immédiatement tous les usages.

Un goban n’est même pas tout à fait carré

Voici un détail que l’on remarque rarement au premier coup d’œil.

Sur un goban japonais traditionnel, l’espacement des lignes dans un sens est légèrement différent de celui de l’autre. Ainsi pour un plateau classique, les espacements sont d’environ 22 mm sur 23,6 mm. Cette légère déformation permet au quadrillage de paraître plus équilibré lorsqu’on le regarde depuis la position du joueur.

C’est un petit détail, mais il dit quelque chose du soin apporté depuis longtemps au matériel du Go : le goban n’est pas seulement une grille fonctionnelle.

Du plateau pliant au goban traditionnel

Les gobans existent dans des formes et des matériaux très différents.

Un plateau destiné à l’apprentissage peut être imprimé sur du carton, du vinyle ou une matière souple. On trouve également des gobans pliants ou constitués de deux parties, beaucoup plus faciles à transporter.

Les plateaux en bois destinés à une utilisation régulière sont généralement plus agréables. Certains proposent même un goban 19×19 sur une face et un 13×13 sur l’autre.

À l’autre extrémité se trouvent les imposants gobans traditionnels japonais, épais et montés sur pieds, sur lesquels on joue assis au sol. Les modèles les plus prestigieux peuvent être fabriqués en kaya, un bois particulièrement recherché pour sa couleur, son grain et ses qualités de jeu. Des artisans japonais perpétuent encore aujourd’hui cette fabrication.

Ils sont magnifiques.

Ils ne sont absolument pas nécessaires pour apprendre à jouer.

C’est probablement une distinction utile à faire très tôt : aimer le beau matériel et avoir besoin du beau matériel sont deux choses différentes.

Les pierres : noires et blanches, simplement

Chaque joueur dispose de pierres d’une couleur : noires pour l’un, blanches pour l’autre.

Les pierres sont posées l’une après l’autre sur les intersections libres. Une fois jouées, elles ne se déplacent plus. Elles restent à leur place jusqu’à la fin de la partie, sauf lorsqu’elles sont capturées et retirées du goban.

Au Go, les pierres sont posées sur les intersections, et non dans les cases.

Leur forme est généralement légèrement bombée. Leur matériau, en revanche, varie énormément.

Les jeux les plus simples utilisent des pierres en plastique. Elles sont légères, peu coûteuses et parfaitement suffisantes pour apprendre.

Les pierres en verre apportent déjà une sensation très différente. Plus lourdes, elles sont agréables à manipuler et produisent un son plus net lorsqu’elles sont posées sur le goban. Elles constituent souvent un excellent compromis pour un jeu destiné à rester à la maison. La British Go Association les recommande d’ailleurs comme une amélioration accessible par rapport au plastique.

On rencontre également les fameuses pierres chinoises Yunzi, ainsi que de nombreuses fabrications modernes utilisant divers matériaux.

Et puis il existe les pierres traditionnelles japonaises.

Coquillage blanc et ardoise noire

Dans les jeux japonais haut de gamme, les pierres blanches sont fabriquées à partir de coquillages tandis que les pierres noires sont en ardoise.

La ville japonaise de Hyuga, dans la préfecture de Miyazaki, est particulièrement connue pour la fabrication de pierres blanches en coquillage. Cette activité artisanale s’y est développée à partir de la fin du XIXe siècle et s’y poursuit encore aujourd’hui.

Les pierres blanches laissent apparaître les fines stries naturelles du coquillage. Plus celles-ci sont régulières et serrées, plus certaines qualités traditionnelles sont recherchées.

Un jeu japonais complet de ce type comprend traditionnellement 181 pierres noires et 180 pierres blanches. Ce nombre correspond aux 361 intersections du goban : dans l’hypothèse théorique où tout le plateau serait rempli en jouant alternativement, Noir, qui joue le premier coup, aurait posé une pierre de plus.

Évidemment, une partie normale se termine bien avant d’avoir rempli les 361 intersections.

Il n’est donc pas nécessaire de compter ses pierres avant chaque partie.

Pourquoi les appelle-t-on des « pierres » ?

Le mot peut surprendre lorsqu’on manipule des pièces en verre ou en plastique, mais le vocabulaire est resté.

On ne parle généralement pas de « pions » au Go. Une pierre jouée n’a d’ailleurs pas le comportement d’un pion : elle ne se déplace pas sur le plateau.

On la pose.

Elle occupe désormais cette intersection, contribue à la solidité d’un groupe, participe à une frontière ou devient parfois le point de départ d’un combat qui finira très loin d’elle.

C’est l’une des particularités visuelles du Go : la partie se construit progressivement sous les yeux des joueurs. Un goban presque vide devient peu à peu une carte de groupes noirs et blancs.

Les bols : bien plus que deux boîtes

Les pierres noires et blanches sont traditionnellement conservées dans deux bols.

Les pierres sont traditionnellement conservées dans deux bols appelés goke au Japon.

Là encore, toutes les variantes sont possibles : plastique, vannerie, bois tourné, matériaux précieux. Les bols japonais les plus élégants peuvent être de très beaux objets en eux-mêmes.

Mais leur forme répond également à un usage.

Au début de la partie, chaque joueur retire le couvercle de son bol et le pose à côté de celui-ci. Le couvercle retourné peut alors recevoir les pierres adverses capturées pendant la partie.

Ce petit rituel est à la fois pratique et élégant : les prisonniers restent visibles et ne se mélangent pas aux pierres encore disponibles.

Un simple récipient fait évidemment aussi bien l’affaire. Là encore, la tradition enrichit l’expérience du jeu sans être indispensable à sa pratique.

Quel matériel choisir pour commencer ?

Il n’y a aucune raison d’acheter immédiatement un équipement coûteux.

Pour quelqu’un qui découvre réellement le Go, un petit goban 9×9 accompagné de pierres simples suffit largement. Il permet d’apprendre les règles, de jouer rapidement plusieurs parties et de comprendre beaucoup plus facilement pourquoi un coup réussit ou échoue.

Lorsque l’envie de continuer est là, un plateau comportant 19×19 d’un côté et 13×13 de l’autre, accompagné de pierres en verre, constitue un ensemble très confortable pour jouer pendant longtemps. Les recommandations de la British Go Association vont d’ailleurs dans ce sens : privilégier les petits plateaux pour apprendre, puis passer au 19×19 lorsqu’on est devenu plus à l’aise.

Le choix dépendra ensuite de quelque chose de beaucoup plus personnel : joue-t-on surtout chez soi ? Faut-il transporter son matériel ? Aime-t-on les objets traditionnels ? Veut-on simplement disposer d’un ensemble pratique que l’on peut sortir sans précaution particulière ?

Un goban épais accompagné de lourdes pierres en verre est très agréable sur une table. Il l’est nettement moins lorsqu’il faut le transporter chaque semaine.

Le matériel ne fait pas le joueur

Le Go possède cette particularité assez sympathique : son matériel peut être très beau tout en restant extraordinairement simple.

Une grille.

Des pierres noires.

Des pierres blanches.

C’est tout ce qu’il faut pour commencer.

On pourra plus tard s’intéresser aux bois utilisés pour fabriquer les gobans, aux pierres traditionnelles japonaises ou chinoises, aux bols tournés et à tout l’artisanat qui accompagne le jeu depuis des siècles.

Mais au commencement, mieux vaut un petit goban sur lequel on joue vraiment qu’un superbe ensemble qui reste fermé dans sa boîte.

Et avant de penser au matériel idéal, il reste surtout une question beaucoup plus importante : que se passe-t-il exactement lorsqu’on commence une partie ?

Ce sera l’objet du prochain article.

Si vous découvrez complètement le Go, vous pouvez commencer par Les règles de jeu.

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