Dans les ateliers du Go : comment naissent les gobans, les pierres et les bols

Il y a quelque chose de particulier dans le bruit d’une pierre que l’on pose sur un goban. Un son bref, plus ou moins sec selon le plateau, qui accompagne chaque coup sans que l’on y prête toujours attention. Nous connaissons également le contact des pierres entre les doigts, leur poids, la surface polie des bols dans lesquels nous allons les chercher.

Ces sensations appartiennent au plaisir de jouer. Mais elles ont aussi une histoire, celle des matériaux et des hommes qui les travaillent.

Derrière un goban en bois massif, il peut y avoir plusieurs années de séchage avant même que commence sa fabrication. Derrière une pierre blanche en coquillage, une succession d’opérations destinées à transformer une matière naturelle, irrégulière et fragile, en un petit disque parfaitement utilisable. Quant aux pierres chinoises Yunzi, elles naissent d’un procédé très différent, qui fait intervenir la chaleur d’un four et le geste précis d’un artisan.

Beau goban traditionnel

Pour découvrir ces savoir-faire, il faut quitter un moment le goban et s’intéresser à ce qui se passe dans les ateliers.

Du bois brut au goban

Le kaya, un arbre qui demande du temps

Parmi les essences traditionnellement recherchées pour la fabrication des gobans japonais, le kaya occupe une place particulière.

Il s’agit notamment du Torreya nucifera, un conifère originaire du Japon et de certaines régions de Corée. Son bois présente une teinte claire, légèrement dorée, un grain fin et une certaine élasticité. Il possède également une odeur caractéristique, appréciée des artisans qui le travaillent.

Torreya nucifera. Le gros Kaya de Yono.

Ces qualités expliquent sa réputation dans la fabrication des gobans. Le plateau doit offrir une surface stable, suffisamment ferme pour résister à une utilisation prolongée, mais aussi capable d’absorber légèrement l’impact des pierres.

Dans la préfecture japonaise de Miyazaki, le bois de kaya local, appelé Hyūga kaya, est particulièrement réputé. Sa rareté contribue aujourd’hui à la valeur de certains plateaux.

Mais il serait excessif de considérer que tout bon goban doit nécessairement être fabriqué dans cette essence. D’autres bois sont utilisés depuis longtemps, notamment le katsura, tandis que le hiba et différentes essences commercialisées sous le nom de shin-kaya permettent de produire d’autres types de plateaux. Ce dernier terme mérite d’ailleurs une précision : le shin-kaya, malgré son nom de « nouveau kaya », ne désigne pas nécessairement le même arbre que le véritable kaya japonais.

La qualité d’un goban dépend donc de plusieurs éléments : le bois choisi, certes, mais aussi son séchage, sa découpe, sa stabilité et la précision du travail effectué.

Avant l’atelier, les années de séchage

Un arbre abattu ne devient pas immédiatement un goban.

Le bois contient de l’humidité. S’il est travaillé trop rapidement, il risque de se déformer ou de se fissurer en séchant. Or un plateau de Go doit conserver une surface aussi plane et régulière que possible.

Le choix de la pièce commence donc bien avant le rabotage. L’artisan examine le sens des fibres, la disposition des cernes de croissance, les nœuds éventuels et les possibilités offertes par le tronc. La façon de débiter le bois déterminera en partie l’aspect du futur goban.

Pour les pièces les plus recherchées, la régularité du veinage possède une importance esthétique, mais le travail du bois ne se réduit pas à la recherche d’un beau dessin. Il faut également tenir compte du comportement de la matière au fil du temps.

La préfecture de Miyazaki évoque un séchage naturel pouvant durer de trois à sept ans pour certains gobans traditionnels. L’atelier familial Kumasu, installé à Aya, explique de son côté privilégier de longues périodes de séchage naturel, qui peuvent approcher une dizaine d’années.

Il ne s’agit pas d’une durée obligatoire pour tous les gobans, mais ces exemples donnent la mesure du temps nécessaire à certaines fabrications.

Des blocs de kaya entreposés pour un long séchage naturel avant leur transformation en gobans.

Lorsque le bois est suffisamment stabilisé, l’artisan peut commencer à lui donner sa forme définitive. Les surfaces sont dressées, rabotées et polies. La précision de cette étape conditionne la qualité du plateau, tout autant que son apparence.

Un goban sur pieds demande un travail supplémentaire. Sur certains modèles traditionnels, les pieds sont sculptés séparément puis ajustés au bloc de bois. Leur forme peut évoquer le fruit du gardénia, auquel une interprétation traditionnelle associe l’idée que les spectateurs doivent garder le silence et laisser les joueurs conduire leur partie.

Sous certains gobans épais, on trouve également une cavité creusée dans le bois, appelée heso, le « nombril ». Les fabricants lui attribuent notamment un rôle dans la résonance du plateau. Il faut toutefois éviter d’y voir un dispositif acoustique miraculeux : le son d’une pierre dépend aussi de l’essence utilisée, de l’épaisseur du goban, de sa structure et de la manière dont la pierre est posée.

Tracer les lignes : un geste d’une remarquable précision

Le goban est désormais façonné et poli. Il lui manque encore ce qui le rend immédiatement reconnaissable : son quadrillage.

Sur un plateau ordinaire, les lignes peuvent être imprimées ou réalisées par des procédés relativement simples. Mais certains gobans japonais sont encore tracés à la main suivant des techniques traditionnelles.

L’une des plus célèbres porte le nom de tachi-mori.

La technique du tachi-mori utilise une lame pour déposer les lignes de laque sur la surface du goban..

Le principe surprend : l’artisan utilise une lame de sabre japonais pour déposer les lignes sur le plateau. La lame sert ici d’outil d’application. On y dispose de la laque noire avant de la faire passer sur le bois afin d’obtenir un trait régulier.

Il ne s’agit donc pas de découper le goban au sabre. La ligne est formée par la laque déposée sur sa surface, avec un très léger relief.

La difficulté tient à la combinaison de plusieurs exigences. Les traits doivent être droits, leur épaisseur maîtrisée, leur espacement régulier. Une erreur devient particulièrement délicate à reprendre lorsque le bois a déjà reçu toutes ses finitions.

Les descriptions fournies par les ateliers japonais montrent bien l’importance de cette opération. Chez Yoshida Gobanten, par exemple, la technique du tachi-mori fait partie des savoir-faire revendiqués par l’atelier. Les artisans de Kumasu la pratiquent également.

Ce n’est cependant pas la seule méthode traditionnelle de tracé. D’autres techniques utilisent notamment une spatule ou un pinceau. Il serait donc faux d’affirmer que seul le sabre permet de fabriquer un véritable goban artisanal.

Au terme de cette étape, le plateau possède enfin ses 19 lignes dans chaque direction et ses neuf points de repère, les hoshi, sur un goban standard.

Il est alors difficile de ne pas penser au contraste entre ces lignes soigneusement tracées et la liberté qu’elles vont offrir aux joueurs. L’artisan a consacré son attention à les rendre aussi régulières que possible ; les parties qui se dérouleront sur le goban, elles, ne se ressembleront jamais.

À Hyūga, les pierres blanches naissent des coquillages

Une matière première venue de la mer

La fabrication des pierres blanches japonaises en coquillage constitue probablement l’un des exemples les plus singuliers de l’artisanat du Go.

Dans la ville de Hyūga, sur la côte de la préfecture de Miyazaki, cette activité s’est développée à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.

La plage d’Okuragahama a longtemps fourni des coquillages particulièrement appréciés pour leur taille, leur épaisseur et leur structure. Ils permettaient d’obtenir des pierres présentant une couleur blanche caractéristique et de fines stries naturelles.

Ces marques délicates, que l’on peut observer en regardant attentivement une pierre, proviennent de la structure même de la coquille. Elles ne sont ni peintes ni gravées après fabrication.

L’histoire de cette production est également celle d’une ressource qui s’est raréfiée. Les coquillages locaux utilisés autrefois ont été exploités au point de devenir extrêmement difficiles à obtenir en quantité suffisante.

Les fabricants de Hyūga se sont donc tournés vers d’autres approvisionnements, notamment des coquillages provenant du Mexique.

Cette évolution mérite d’être soulignée. Une pierre fabriquée artisanalement au Japon n’est pas nécessairement issue d’un coquillage japonais. La provenance de la matière première et le lieu de fabrication sont deux informations différentes.

Découper, façonner, polir

Comment une coquille devient-elle une pierre de Go ?

Le premier travail consiste à sélectionner des parties suffisamment épaisses et régulières. Il faut ensuite y découper des disques qui pourront être transformés en pierres.

La forme circulaire de la future pierre est directement découpée dans l’épaisseur du coquillage.

Pendant longtemps, cette opération nécessitait un travail de découpe particulièrement laborieux. En 1966, Kazushi Kuroki, membre de la famille à l’origine de l’entreprise Kurokigoishiten, mit au point une méthode de découpe utilisant un foret diamanté. Cette innovation facilita considérablement l’extraction des disques dans les coquillages.

Elle ne fit cependant pas disparaître toutes les opérations manuelles.

Les pièces découpées doivent encore être façonnées, mises à l’épaisseur, arrondies et polies. Les fabricants décrivent notamment une technique de travail appelée te-zuri, dans laquelle l’artisan emploie une meule et un outil destiné à maintenir la pierre pour lui donner sa courbure.

Cette courbure constitue l’une des difficultés de la fabrication. Une pierre de Go doit pouvoir être saisie facilement, tenir convenablement sur le plateau et présenter une forme agréable sous les doigts.

Les pierres sont ensuite examinées et triées. Leur épaisseur, leur aspect et la finesse de leurs stries permettent de distinguer différentes qualités commerciales. Dans les classifications japonaises traditionnelles, les appellations Yuki et Tsuki, souvent traduites par « neige » et « lune », correspondent notamment à des catégories fondées sur l’aspect du coquillage.

Les fines stries visibles sur les pierres blanches proviennent de la structure naturelle de la coquille.

Pour une personne qui n’a jamais observé ces pierres de près, la différence peut sembler très subtile. Pourtant, lorsque l’on regarde plusieurs pièces côte à côte, les variations de blancheur, de veinage et de transparence deviennent perceptibles.

Chaque pierre conserve ainsi quelque chose de la matière dont elle provient, même après avoir été soigneusement ajustée aux dimensions des autres.

Les pierres noires : le travail de la pierre de Nachiguro

Les pierres blanches en coquillage sont traditionnellement accompagnées de pierres noires fabriquées dans un matériau très différent.

Les pierres noires traditionnelles japonaises peuvent être façonnées à partir de la roche de Nachiguro.

Le Nachiguro-ishi est une roche noire à grain fin provenant de la région de Kumano, dans la préfecture de Mie. Elle est recherchée notamment pour sa couleur profonde et sa capacité à prendre un beau poli.

Le nom de Nachiguro est souvent associé aux pierres noires des ensembles japonais haut de gamme, mais toutes les pierres noires utilisées au Go ne sont évidemment pas fabriquées dans cette roche.

Sa transformation commence par la préparation de la matière brute. Les blocs sont débités en plaques, puis des pièces circulaires sont découpées avant d’être progressivement façonnées et polies.

À la différence d’une pierre blanche en coquillage, dont les stries restent parfois visibles, une pierre de Nachiguro présente un noir généralement plus uniforme. Le polissage fait ressortir son éclat.

Les procédés employés ont évolué avec les machines disponibles, sans supprimer entièrement les contrôles et les travaux de finition. Kurokigoishiten indique avoir dû reprendre dans ses propres ateliers une partie des opérations de préparation de la roche, autrefois réalisées par des fournisseurs spécialisés.

La fabrication des pierres noires révèle ainsi une réalité moins visible que le seul travail de l’artisan : elle dépend aussi de carrières, de transporteurs, de petites entreprises de transformation et de la continuité de toute une chaîne d’approvisionnement.

Un détail mérite enfin d’être signalé. Dans certains ensembles japonais, les pierres noires sont légèrement plus grandes et plus épaisses que les blanches. Cette différence vise à compenser un effet de perception : à dimensions identiques, une pierre blanche paraît généralement plus volumineuse qu’une pierre noire.

Une fabrication attentive ne cherche donc pas toujours à obtenir une stricte identité géométrique. Elle peut aussi rechercher un équilibre visuel une fois les pierres disposées sur le goban.

En Chine, les Yunzi naissent du feu

La fabrication des pierres japonaises en coquillage et en roche taillée n’est pas la seule tradition artisanale associée au Go.

Dans la province chinoise du Yunnan, les pierres appelées Yunzi possèdent une histoire et des techniques de fabrication bien différentes.

Leur particularité réside dans la transformation de matières minérales par la chaleur.

La fabrication artisanale des Yunzi exige une grande précision dans le dépôt de la matière fondue.

Les artisans travaillent à partir de mélanges soigneusement préparés dont la composition exacte relève du savoir-faire des fabricants. Les sources chinoises évoquent notamment l’utilisation de diverses matières minérales, sans que cela permette de reconstituer librement une recette précise.

Ces matériaux sont portés à très haute température dans un four, jusqu’à obtenir une matière fondue.

Vient alors l’une des opérations les plus caractéristiques de cette fabrication.

L’artisan prélève une petite quantité de matière en fusion à l’aide d’un outil métallique, puis la dépose sur un support où elle commence à prendre sa forme. La maîtrise du geste détermine en grande partie la régularité du diamètre et de l’épaisseur.

Ce procédé, parfois décrit comme un travail de dépôt goutte à goutte, exige un mouvement très précis et répété. Les pierres passent ensuite par plusieurs opérations de refroidissement, de polissage, de nettoyage et de sélection.

Les Yunzi peuvent présenter des formes légèrement différentes selon les fabrications, notamment des profils convexes sur une ou deux faces.

Certaines pierres noires offrent un aspect particulièrement étonnant : presque entièrement noires lorsqu’elles reposent sur le plateau, elles laissent apparaître une nuance verdâtre lorsqu’on les observe en transparence sous un éclairage approprié.

Cette caractéristique contribue à leur réputation, mais elle ne suffit pas à elle seule à établir l’authenticité ou la qualité d’un ensemble.

La tradition des pierres du Yunnan est associée à des références historiques anciennes. Il faut cependant distinguer ces témoignages de la fabrication contemporaine : la production actuelle s’est notamment développée à la suite de travaux de reconstitution et de modernisation menés au XXe siècle, après une période d’interruption de certains procédés.

Le savoir-faire moderne des Yunzi a d’ailleurs été reconnu en Chine dans le cadre de la protection du patrimoine culturel immatériel.

Les Yunzi peuvent également être fabriquées avec deux faces convexes.

Cet exemple présente un intérêt particulier pour comprendre l’artisanat du Go. Au Japon, les pierres de coquillage sont obtenues en retirant de la matière pour parvenir à la forme désirée. Au Yunnan, les artisans donnent cette forme à une matière fondue. Deux chemins techniques très différents conduisent pourtant au même objet : une pierre que l’on tient entre ses doigts avant de la poser sur un goban.

Et dans les autres traditions du Go ?

Il serait trompeur de ramener toute l’histoire du matériel à ces seules fabrications.

En Chine comme en Corée, le Go a été pratiqué avec des matériaux variés, et les collections archéologiques permettent d’observer des pierres et des plateaux très différents des productions contemporaines.

Pierres de go anciennes

En Corée, par exemple, les découvertes archéologiques montrent que des pierres naturelles soigneusement choisies ou façonnées ont également été employées. Ces objets rappellent que les traditions matérielles du baduk ne se résument pas aux équipements que nous connaissons aujourd’hui.

Il faut également compter avec les productions modernes en verre, en résine ou dans d’autres matériaux industriels, qui ont largement contribué à rendre le jeu accessible.

L’histoire du matériel du Go ne suit donc pas une simple progression allant d’objets rudimentaires vers des objets toujours plus luxueux. Elle est faite de techniques différentes, de ressources disponibles localement et de réponses pratiques aux besoins des joueurs.

Les bols : le savoir-faire discret des tourneurs sur bois

Les pierres une fois fabriquées, il reste à leur trouver un logement.

Les bols japonais, appelés goke, paraissent assez simples. Leur silhouette arrondie, leur couvercle ajusté et leur surface polie peuvent donner l’impression d’objets faciles à produire.

Pourtant, les plus beaux bols en bois demandent un travail précis.

Le choix de l’essence compte d’abord pour sa résistance, mais aussi pour sa couleur et son veinage. Les fabricants japonais utilisent notamment le mûrier, le zelkova, le camphrier et différentes autres essences. Le mûrier est particulièrement apprécié dans certaines productions de prestige.

Le tourneur doit ensuite donner au bois une forme régulière tout en tenant compte de son épaisseur et de sa structure.

Le bol ne doit pas être trop lourd ni désagréable à manipuler. Son ouverture doit permettre de saisir les pierres facilement, et son couvercle doit reposer convenablement sur le récipient.

Dans les ateliers de tournage, la qualité du travail se reconnaît notamment à la continuité des courbes, à la régularité de l’épaisseur et à l’ajustement des deux parties.

La finition donne enfin au bois son aspect définitif. Selon les essences et les procédés retenus, les surfaces présentent des reflets plus ou moins mats ou brillants. Le veinage peut apparaître très régulier ou former des motifs singuliers, particulièrement recherchés dans certaines pièces.

Un bol tourné dans un bois présentant un dessin exceptionnel ne sera jamais exactement identique à un autre.

La régularité des courbes, la qualité du bois et l’ajustement des couvercles participent au travail de fabrication des bols.

La fabrication artisanale ne consiste cependant pas à rechercher à tout prix une pièce spectaculaire. Un bol sobre, bien équilibré, agréable à utiliser et convenablement ajusté peut témoigner d’un travail tout aussi attentif.

Et sa fonction reste fondamentale : accompagner les parties.

Le couvercle retourné sert à recueillir les pierres capturées. Le récipient doit rester stable, permettre de prendre les pierres sans difficulté et supporter des manipulations répétées.

C’est peut-être dans cet équilibre entre la forme et l’usage que les bols traditionnels trouvent leur intérêt.

Des objets faits pour durer

Tous les gobans, toutes les pierres et tous les bols ne sortent évidemment pas d’ateliers artisanaux.

La production industrielle joue un rôle essentiel dans la diffusion du Go. Des plateaux fabriqués en série et des pierres en verre ou en matériaux synthétiques permettent de jouer à un coût raisonnable. Ils répondent parfaitement à de nombreux usages, notamment dans les clubs et pour l’apprentissage.

Il serait donc injuste de considérer le matériel artisanal comme le seul digne d’être utilisé.

Son intérêt se situe ailleurs.

Il nous fait découvrir les métiers qui entourent le jeu, les caractéristiques parfois étonnantes de certaines matières et les difficultés concrètes auxquelles les fabricants doivent répondre.

Il révèle aussi la fragilité de certains savoir-faire.

Lorsque la matière première devient rare, lorsque les ateliers ne trouvent plus facilement de successeurs ou que certaines opérations cessent d’être économiquement viables, ce n’est pas uniquement une gamme de produits qui risque de disparaître. Ce sont également des gestes, des connaissances et des méthodes de travail.

L’artisanat ne peut pourtant survivre en refusant toute évolution. L’introduction d’outils mécaniques, l’amélioration des techniques de découpe ou l’adaptation des approvisionnements ont parfois permis à des ateliers de poursuivre leur activité.

La véritable question n’est donc pas de savoir si chaque opération doit être entièrement manuelle. Elle est plutôt de comprendre ce que l’expérience de l’artisan continue d’apporter à la qualité de l’objet.

Il existe enfin un aspect plus modeste, mais qui mérite toute notre attention : l’entretien et la réparation.

Un goban dont la surface s’est abîmée peut parfois être raboté et retracé. Des pierres anciennes peuvent être nettoyées, voire repolies par des professionnels. Des bols en bois peuvent être restaurés.

Ces opérations prolongent la vie d’objets qui ont déjà accompagné de nombreuses parties.

Nous n’avons pas besoin de posséder un goban exceptionnel pour apprécier le Go. Un plateau ordinaire et des pierres simples suffisent largement à jouer, à apprendre et à progresser.

Mais connaître la fabrication de ces objets change peut-être un peu notre manière de les regarder. Derrière les lignes d’un goban, on imagine le bois patiemment préparé. Derrière une pierre blanche, le coquillage dont elle a été tirée. Derrière un bol, le geste régulier du tourneur.

Et lorsque la prochaine pierre sera posée sur le plateau, le son restera le même. Nous saurons simplement un peu mieux d’où il vient.

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